Un Ch’ti au Tchad

Depuis 2005, le chorégraphe Farid Berki installé à Lille se rend régulièrement au Tchad dans le cadre d’une résidence de création au CCF de N’Djamena. Il a su transmettre sa danse, un hip hop qu’il a souvent mixé avec d’autres styles, du flamenco à la capoeira. Ce n’est pas seulement un très bon casting qu’il vient de réunir en travaillant avec trois danseurs tchadiens mais l’aboutissement d’un travail de fond qui ne laisse rien au hasard. Pionnier du genre dans le Nord, on connaît le bonhomme, son obstination, sa droiture et son sérieux.
« Deng, Deng ! », la pièce qu’il vient de présenter à la Maison Folie de Wazemmes à Lille en est le résultat visible. Pour le reste, ce sont des échanges culturels, amicaux qui ont permis entre autres au chorégraphe de retrouver sa langue d’origine le berbère, grâce à ses «cousins de Berbérie».
« Deng, Deng ! » qui veut dire « différent » est un trio d’une grâce peu commune portée notamment par la chorégraphie des bras et des mains. Le hip hop n’est pas ici pour la seule prouesse technique, ni pour accrocher le public en mal de danse pour plateau télé. Si la danse est efficace c’est par sa douceur, son côté faussement détaché, par la complexité et la subtilité des rythmes. C’est une réussite. Markus Didjabaye Hilair, danseur de 22 ans, soudeur, résume l’échange : « Je pense que nous aussi nous avons notre culture et que nous pouvons en faire l’échange. C’est comme ça que ça doit se passer ». Ali Kouldjingar Longarti, 36 ans, formé à la danse traditionnelle, ne saisit toujours pas pourquoi le Tchad est vu par le prisme de la guerre et non par celui de la culture. « Nous avons plus de deux cents danses répertoriées, qui le sait, qui connaît la richesse de notre patrimoine et notre capacité de création ». Rodrigue Ousmane, plus habitué des boîtes de nuit, 22 ans, estime que ce spectacle est « un message pour raconter ce qui se passe chez nous ». Malheureusement, le CCF de N’Djamena où ils devaient jouer est actuellement fermé après avoir été pillé lors des récentes émeutes. Espérons que cette création trouvera les moyens de tourner en Afrique et en France.